Les dernières 36 heures ont été particulièrement intenses pour Marc Guillemot. Entre une navigation éprouvante pour rejoindre hier matin (mercredi 14 janvier) le mouillage situé au fond de la baie de Port William aux îles Malouines, la réparation du rail de grand-voile et le départ après six heures et demie d’arrêt, dont cinq passées dans le mât, le skipper de Safran n’a pu prendre le moindre repos. Mais la marche en avant a repris de plus belle. Prochain arrêt : Les Sables d’Olonne.
Les événements se sont enchaînés à vitesse grand V pour Marc Guillemot. Petit retour en arrière : nous sommes dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 janvier, Safran navigue au près serré dans une mer forte : « Le vent n’arrêtait pas de monter, de descendre, je n’ai pas cessé de manœuvrer. Moi qui pensait pouvoir me reposer pour être en forme, je n’ai finalement pas fermé l’œil », raconte Marc. C’est à 10h30 mercredi que Safran s’est amarré au corps-mort, sous le regard de quelques spectateurs. « Il n’y avait pas foule pour admirer ma prise de coffre que j’ai réussie du premier coup, mais on voit qu’il y a ici une vie maritime, avec des paquebots à destination du cap Horn, des cargos. Du haut de mon mât, j’apercevais les toits des maisons de Port William ».
Quatre ascensions dans le mât
Première mission : la réparation du rail de grand-voile au niveau du troisième ris, soit à plus de 12 mètres de hauteur. « Je pensais mettre une heure pour positionner ma nouvelle partie de rail, j’en ai mis trois. C’était beaucoup plus endommagé que prévu ». Deuxième mission : monter presque tout en haut, au niveau du premier ris. « Là aussi, c’était très abîmé et j’ai pris la décision de ne pas entreprendre la réparation. Cela aurait été beaucoup trop long pour un résultat pas forcément fiable ». Safran ne naviguera donc plus avec la grand-voile haute ou avec un ris. Un handicap certain, mais ce n’est pas le seul. « Les réparations que j’ai effectuées au niveau du ris 2 et 3 ne sont pas « béton ». Il faudra que je sois prudent, sinon je risque à nouveau de tout arracher ». Ce qui veut dire moins de tension dans l’écoute de grand-voile, des réductions de voilure anticipées, donc une vitesse forcément inférieure au potentiel de Safran. Enfin, il lui a fallu descendre le petit gennaker qui était bloqué par son hook, à 17 mètres de hauteur : « Rien que pour lui, j’ai été obligé de descendre et monter trois fois dans le mât… Mais l’opération a réussi, j’ai remis une nouvelle drisse, tout est en ordre ».
La chasse au Roxy continue
En tout, Marc aura passé cinq heures dans son mât, dans un froid intensifié par un vent qui est monté jusqu’à 30 nœuds. « Je suis content : je n’ai fait tomber qu’un seul outil, et en plus, je l’ai retrouvé au pied du mât ». C’est à 17h mercredi, après 6h30 d’escale, que Marc a pu hisser à nouveau sa grand-voile au 3ème ris, dérouler son petit foc et larguer le corps-mort. Devant lui, reste encore 6 500 milles à parcourir. « J’étais littéralement vanné, car après mes ascensions dans le mât, j’ai travaillé encore pendant plus d’une heure pour ranger mes voiles d’avant, le code 5, le solent. Mais c’est reparti, la chasse au Roxy peut reprendre ». Alors que Safran navigue ce matin (jeudi 15 janvier) dans un flux de Sud-Ouest qui devrait le propulser à belle vitesse lors des prochaines 24 heures, l’objectif reste le même : arriver à bon port avec, si possible, Samantha Davies (Roxy) dans le sillage. Le différentiel est actuellement de 350 milles en faveur de la jeune anglaise, soit une grosse journée de mer à reprendre d’ici l’arrivée. Même si Safran possède 50 heures de bonus face à Roxy suite au sauvetage de Yann Eliès, Marc va tout faire pour que ce calcul n’ait pas de raison d’être.
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