Marc Guillemot et Charles Caudrelier Benac, premiers après quatre jours de navigation, réussissent un début de course parfait. Safran a escaladé au près serré les vagues de 5 à 6 mètres à plus de 10 nœuds de moyenne. Un tempo impressionnant depuis le départ du Havre.
« Pour que nos bateaux soient confortables, il faudrait qu’on accepte d’aller moins vite. Il faut être malade pour naviguer comme nous le faisons. Nous sommes plus sous l’eau que sur l’eau et la violence des chocs, est très impressionnante ». Marc, qui décrit son ciré ruisselant et un univers saturé d’humidité, livre une anecdote toute simple, mais elle décrit bien l’exigence de tous les instants que demande la vie à bord lors d’une Transat mené tambours battants. « Quand je me fais à manger, je fais toujours hyper gaffe, mais là je n’ai rien pu faire, j’ai volé avec mon plat. L’horreur pour tout nettoyer ! »
Un vaste champ dépressionnaire
La route ouest empruntée depuis la sortie de Manche était pavée de mauvaises intentions, l’équipage de Safran le savait, mais la gagne est à ce prix. Bien positionnés depuis le départ, régulièrement en 2e position, Marc Guillemot et Charles Caudrelier Benac mènent le bal (au classement de 14 heures en ce jeudi 12 novembre) : « On est au taquet. Il y a beaucoup de grains, alors il faut sortir sur le pont pour choquer la grand-voile quand le vent monte, puis ressortir pour reprendre les bons réglages quand le grain est passé ».
Safran est exploité à 100% de son potentiel. Le vent faiblit un tant soit peu et l’équipage renvoie de la toile immédiatement, même quand les creux dépassent encore les quatre mètres. « On a renvoyé la trinquette à la place de l’ORC, on a maintenant deux ris au lieu de trois dans la grand-voile. Notre objectif est d’être bien positionné lorsque nous sortirons de ce vaste champ dépressionnaire. J’entrevois la sortie au mieux dans la soirée de demain vendredi. Pas avant » raconte Marc alors que Charles est allongé sur la couchette. « On se relaie toutes les trois heures, mais cela ne veut malheureusement pas du tout dire que l’on dort trois heures de rang, loin de là ».
Un météorologue satisfait
Le routage est interdit, mais Sylvain Mondon, ingénieur Météo France attaché au Safran Sailing Team, suit bien évidemment avec passion la trajectoire dessinée par ses élèves. « Ils sont parfaitement positionnés sur le plan d’eau. Il n’y a pas eu d’hésitations dans leur trajectoire, ce qui veut dire qu’ils savent parfaitement ce qu’ils font. Ils vont au bout de leur logique et ça, ça finit toujours par payer ». Sylvain sait également que les prochaines 36 heures vont être encore dangereuses. Le flux d’ouest-nord-ouest pourra atteindre plus de 50 nœuds dans les rafales, avec des creux de 6 à 8 mètres.
Le bord en tribord amure, entamé depuis hier soir mercredi, ne s’achèvera qu’avec la jonction de l’alizé, soit pas avant la fin de cette semaine.
Marc Guillemot et Charles Caudrelier Benac, skippers secoués mais parfaitement heureux de la situation, répondent présents et sont aux avants-postes comme en 2007.