A la veille du départ de la Transat Jacques Vabre, la météo paraît claire : ce sera (très) musclé ! A bord de Safran, Marc Guillemot et Yann Eliès s’apprêtent à vivre une première semaine de course qui rappelle fortement l’édition 2009 : vent fort et défavorable, mer grosse et désordonnée... et une porte de sortie vers le sud qui se fera longuement désirer. Ames sensibles s’abstenir.
Plus que 24 heures avant le départ de la Transat Jacques Vabre et sur les écrans qu’ils scrutent avec Sylvain Mondon de Météo France, Marc Guillemot et Yann Eliès jaugent des prévisions qui paraissent désormais fiables pour les premiers jours de course. Yann Eliès résume : "sur le départ, cela sera un beau spectacle, nous aurons des conditions praticables : environ 15 nœuds, en avant d’un système météo dépressionnaire. C’est ensuite que l’affaire se corse… avec un menu Tabasco/sauce Harissa ! On commence par une petite dépression Tabasco dès la nuit de dimanche à lundi, pas très creuse celle-là, mais avec tout de même 20 à 25 nœuds de sud-ouest en sortie de Manche. Ensuite on met le cap au nord-ouest, vers le Fastnet (Irlande) pour essayer le contournement de la dépression sauce Harissa."
40 noeuds, 6 à 9 mètres de creux...
Sauce Harissa ? Yann : "Elle creuse à 970 hectopascals, avec des vagues de 6 à 9 mètres, des vents de 40 noeuds qui peuvent monter jusqu’à 50 en rafales (près de 100 km/h, ndr)... Le problème est que nous sommes obligés de la contourner par le nord pour éviter la zone de mer la plus violente qui est très étendue et nous interdit toute route vers le sud. Il y a des chances pour que l’on soit obligés de faire cap au nord-ouest pendant trois ou quatre jours. Après, la difficulté sera de savoir comment redescendre !" Marc Guillemot commente : "c’est ambiance ciré et casque lourd. Des conditions proches de l’édition 2009".

Il faudra donc non seulement tenir le choc et ménager la monture, mais aussi bien réactualiser sa météo à bord, sachant que le routage est interdit et que Marc et Yann ne pourront compter que sur eux-mêmes. Sylvain Mondon confirme l’analyse de Yann Eliès. "Sur les quatre premiers jours de course, il y aura à peine 12 heures où les bateaux pourront naviguer tribord amures dans du vent de nord-ouest, entre les deux passages de fronts... il y aura bien du jeu stratégique, mais limité sur cette route générale avec un cap moyen au nord-ouest. Le système météo est énorme : il prend un tiers de l’Atlantique Nord et n’offre effectivement, pour l’instant, aucune porte de sortie immédiate vers le sud." Sur le papier, deux choix restent néanmoins importants dans les premiers jours de course. Le premier intervient dès la nuit de dimanche à lundi : après la pointe du Cotentin on peut ou bien continuer à faire du près (moins de route mais moins vite) ou bien changer les voiles de Safran, les "ouvrir" et faire plus de route vers le nord-ouest, mais en naviguant à vitesse plus élevée vers le sud de l’Irlande. Sylvain Mondon explique : « c’est un choix à moyen terme, dont l’enjeu est de se positionner pour profiter au mieux du petit passage de vent au nord-ouest, mais surtout de préparer le positionnement pour le passage du deuxième front. Quand le vent refusera de nouveau au sud, dans l’axe de la route, et renverra toute la flotte vers l’ouest ». Le premier front est prévu pour lundi matin, le deuxième entre mercredi midi et jeudi midi. La sortie du deuxième système devrait intervenir vendredi prochain.
Autrement dit, pendant quatre jours il ne faudra pas s’étonner de voir les bateaux progresser bien davantage en longitude qu’en latitude, vers l’ouest plutôt que vers le sud. En outre, le premier classement réellement pertinent pourrait bien n’intervenir qu’au terme de la première semaine de course. Après la « furie de suroît » ou « baston de sud-ouest » comme on dit en Bretagne, du côté de La Trinité-sur-Mer. En attendant, place au spectacle au Havre : départ à 13h02 demain dimanche. Il va y avoir du sport.
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