Les architectes : une association de compétences
Le groupe Safran a choisi de confier la conception de son bateau à un tandem d’architectes : Vincent Lauriot Prévost du cabinet Van Peteghem & Lauriot Prévost (VPLP) et Guillaume Verdier. Respectivement spécialiste des multicoques de compétition et spécialiste des monocoques de course (notamment du Vendée Globe), les deux architectes souhaitaient réunir leurs compétences pour travailler ensemble sur la conception d’un nouveau Open 60 IMOCA.
Associés à parts égales dans ce projet, VPLP a assuré la supervision générale du projet ainsi que la conception du gréement, du plan de pont, des appendices. Quant à Guillaume Verdier, qui connaît bien ces bateaux de jauge, il était en charge des formes de carène ainsi que de la supervision des calculs et de la conception structurelle.
Le cabinet Van Peteghem & Lauriot Prevost (VPLP) détient le leadership dans la conception de multicoques à voiles de croisière, de multicoques de croisière construits à l’unité et de multicoques de course océanique. Ces machines, menées par les meilleurs skippers mondiaux, ont remporté la plupart des podiums et records océaniques.
Quelques réalisations marquantes :
Biscuits Cantreau 1, 2 et 3 (Jean Le Cam), Hitachi / Bottin (Eric Tabarly), Pierre 1er (Florence Arthaud, vainqueur de la Route du Rhum en 1990), Primagaz (Laurent Bourgnon), Groupama (Franck Camas)...

Guillaume Verdier est spécialisé dans la course au large et participe à la conception de monocoques, destinés à la performance, en 40’, 50’ et 60’. Avec Yves Parlier, il a participé à la conception de l’hydraplaneur Médiatis - Région - Aquitaine et a collaboré à la réhabilitation des monocoques 60’ VMI et PRB pour le Vendée Globe 2004. Intégré en 2004 au Design team k-Challenge, Guillaume Verdier a participé à la conception du Class America Areva Challenge lors de la 32e édition de l’America’s Cup de 2007.
Quelques réalisations marquantes :
- PRB (Michel Desjoyeaux), vainqueur du Vendée Globe 2001,
- Groupe 4 (Mike Golding),
- VMI (Sébastien Josse)
Guillaume Verdier - © Olivier Gauthier/DPPI/Safran
Une logique industrielle pour un défi sportif
La construction du monocoque 60’ Safran montre la façon dont le sponsor/armateur a réussi sa rencontre avec l’univers du nautisme. En lançant ce projet en 2005, le président du directoire de Safran d’alors a exprimé le souhait que le Groupe puisse s’impliquer pleinement dans la conception et la construction du nouveau monocoque de course de Marc Guillemot. Mais aussi dans le développement de technologies et d’innovations propres à Safran. Ses compétences dans les domaines de l’aéronautique et de l’électronique sont donc venues compléter ou renforcer celles déjà engagées par les professionnels de la construction navale impliqués dans le projet.
Des compétences croisées...
Cet engagement a conduit le Groupe à mettre à la disposition du « team » ses compétences dans des domaines d’application communs ou proches de ceux du naval (calcul de structures, matériaux composites, hydraulique, systèmes électriques embarqués, gestion de l’énergie…), mais aussi dans la gestion de projet. « Il nous est apparu naturel d’appliquer pour les phases de conception et de construction de notre bateau la même démarche de conduite de projet que celles utilisées dans nos bureaux d’études pour les projets industriels du Groupe », commentait Pascal Chadail, le premier chef de projet de Safran Sailing Team.
...pour une synergie gagnante
Cettegestion de projet Safran permet de mémoriser tous les choix et ce qui a conduit à les faire. « L’un des points les plus marquants de cette approche est qu’elle nous impose de tout expliquer, tout justifier, tout argumenter, et ce, de façon formelle, souligne Vincent Lauriot- Prévost. Le sponsor nous a aidés à formaliser nos décisions…, ce qui est capital dans les choix architecturaux - et il y en a des centaines sur un projet de cette ampleur - qui interagissent tous les uns sur les autres ». « Au final, même s’il est vrai que cela prend beaucoup de temps, on s’y retrouve largement », ajoute Guillaume Verdier. Une méthode de travail que les deux architectes comptent bien garder pour leurs futurs projets...
La conception de Safran
La première phase a consisté à réaliser des essais virtuels sur une cinquantaine de carènes pour étudier l’écoulement de l’eau sur la coque et ses appendices et leur comportement sous toutes les allures. Les maquettes de trois modèles sélectionnés ont été testées en bassin de carène à la Wolfson Unit for Marine Technology and Industrial Aerodynamics de l’université de Southampton (Angleterre). Il aura fallu plus de trois cents passages (ou « runs ») pour sélectionner la carène du futur monocoque Safran. La deuxième phase a permis d’optimiser et de définir l’ensemble de la plate-forme à partir des résultats des essais réalisés en bassin de carène.
Le plan de pont
La conception du plan de pont est primordiale pour le skipper. L’hypothèse de configuration du pont retenue par Marc a été reproduite à l’échelle 1. Cette maquette grandeur nature a permis de valider tous les paramètres du plan de pont, mais aussi du cockpit et de l’aménagement intérieur. Autre avantage : cette maquette pouvait gîter, ce qui a permis de se rapprocher des conditions réelles.

Le cockpit
Dis-moi comment tu aménages ton cockpit et je te dirai quel navigateur tu es... Outre la recherche d’efficacité et d’ergonomie ou de sécurité globale, la conception du cockpit de Safran prend essentiellement compte des préférences de navigation de Marc Guillemot, qui accorde une grande importance à la visibilité, pour pouvoir surveiller facilement le cap et les voiles, et naviguer dans l’axe du bateau.